Amazighs : des luttes diverses dans des contextes sociolinguistiques et politiques très défavorables

   

MR SALEHAQURAN:Captain Tamazgha

 

Published on Oct 26, 2020

Salem Chaker est professeur de langue berbère à l’Université d’Aix-Marseille, après avoir exercé plus d’une vingtaine d’années à l’INALCO (Paris). Auteur de nombreux ouvrages et articles de linguistique et sociolinguistique berbère, il est également directeur de l’Encyclopédie berbère.

Après un rappel des données sociolinguistiques de base ainsi que du contexte historique, idéologique et politique globalement très défavorable, on présentera les luttes berbères contemporaines (XXe-XXIe siècles), en focalisant le propos sur les cas de l’Algérie, du Maroc, de la Libye et du monde touareg. On soulignera les éléments (forts) de convergence, mais aussi les spécificités de chaque situation, induites par une histoire politique récente propre à chaque pays, et même à chaque grande région berbérophone à l’intérieur du même pays.

On pointera – et on s’interrogera sur – la difficulté du "passage au politique" et l’hésitation entre "revendication culturelle" et "revendication des droits de minorités ethniques/nationales".

On montrera que :

le contexte colonial qui a imposé le nationalisme comme seul horizon politique légitime,
l’héritage, profondément intégré, de la tradition politico-juridique française de centralisme (« la nation, une et indivisible »),
les politiques étatiques de marginalisation et de disqualification des entités ethnoculturelles traditionnelles, mais aussi d’intégration des élites berbères,
les contraintes géopolitiques,

rendent la survie des entités berbérophones de plus en plus incertaine, malgré les émergences récentes et un très sensible assouplissement des politiques étatiques vis-à-vis de la réalité berbère.

Une situation paradoxale donc, caractérisée à la fois par une affirmation linguistique et culturelle forte et très présente mais une très grande faiblesse politique. En un mot, le monde berbère n’est ni la Catalogne, ni le Kurdistan, même s’il en recèle certaines potentialités.